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Articles

Le radeau de la méduse, par Marie Chapuis

Découpe des corps sur la mer déchaînée. Des hommes agglutinés sont arrimés à des bouts de bois ébréchés. D’autres appartiennent déjà à l’océan, flottants sur des lambeaux d’écumes. En haut de la pyramide humaine, tel un capitaine encore debout, un homme agite un tissus que le vent déchire. Il a aperçu au loin le vaisseau salvateur. Sa peau terre d’ombre brûlée a des reflets d’ocres dorés et de cuivre, révélant un métissage que l’on voulait pourtant garder dans l’ombre. Depuis les générations se sont succédées. Le radeau ne part pas, il revient d’Afrique comme une marée qui remonte, avec, à son bord, les descendants du passé. Le naufrage approche, les bouées ressemblent à des couronnes mortuaires. L’embarcation sort du cadre, son bois éclabousse le parquet acajou du Louvre. Médusés les visiteurs reculent.. moi aussi. Plus tard, Immergée dans mes pensées, je marche dans la salle des pas perdus. Dans mon songe les silhouettes d’hommes se déforment, se font animales. Une girafe a prit la p...

Des mots et des cabanes, par Corinne Gotnich

J'ai toujours eu les cabanes en horreur. Ça fait homme des bois. Ça fait habitat précaire. On est en transit quelque part, on attend qu'on veuille bien de nous. On attend la validation. On attend qu'on nous ouvre les portes. Moi j'aime la solidité et la stabilité. Je n'aime pas m'enfoncer dans les sables mouvants. Ce n'est pas un jeu les sables mouvants. Ce jour-là il paraît que j'étais agacée. Agacée !  On a tellement insisté pour me faire venir là où je ne voulais pas aller. A reculons j'ai avancé. J'ai parlé de l'enfance comme d'un territoire. J'ai même dit un, deux, trois SOLEIL ! Quand j'ai entendu le mot cabane, j'ai fermé les yeux et j'ai dit DANGER. J'ai arboré mon panneau SENS INTERDIT mais personne ne l'a vu.  Le mot cabane n'est pas un jeu. Je suis anormative, j'invente des mots comme on joue à la marelle. On va jusqu'au ciel et on crie SOLEIL. J'allume les lumières. J'allume les lumi...

Fracasser ma langue d'amour, par Stéphanie Lemonnier

Parler sur Parler dedans Parler autour Puis apprendre à me taire A retenir le mors Brider puis débrider d’un coup Lacher le flow Suivre ce mouvement organique Puis d’un coup tirer les rennes Arpenter l’aridité du mot La sécheresse du flow Resserrer la bouche Contracter les fluides Fixer l’iris de la source Creuser la langue son en caresse d’angle Creuser le corps matière Voyager dans ses noeuds Sculpter la pulpe de ces transpirations séductrices Visiter chaque organe comme une nouvelle région libre et autonome Partir en pèlerin - pèlerine - sur le chemin de ce corps douceur Sur le tamis des mots Sous la voilure de mes reins Laisser cette bête aux chevauchées nocturnes Reprendre place, refaire traversée Puis tordre flux et flow Pour que cette bête indomptée Ce mâle analphabète à la virilité oppressante S’invite à la table des douces allitérations Puis conserver uniquement le suc de ces transpirations acres  Pour faire naitre sous ces semences nouvelles Une poésie de mousse et de cha...

Trois fois Cálice, par Isabelle Sers

Aveugle, Réfractaire, Je refuse. J’ai vu, J’ai compris, Le leurre, Et je refuse. Je ferme les écluses. Pourtant, rien qu'un vœu, un seul : M’extirper du songe matrice. Sortir de ce mensonge Et hurler, Me libérer Des entrailles de l'ignominie. Et boire et boire encore Et m’abreuver du sang de ce péché. Pour l'ivresse de vie, Pour le souffle sulfureux Du dragon refoulé, Je plonge. ——— Confort. Se conforter Pour ne pas se confronter. Éviter la vérité. Et se saouler de bêtise, de sexe, de luxure. Mère, retrouver ta chaleur Mère, retrouver ton inconditionnel amour Se calfeutrer… Mère, tes bras Mère, ton ventre Mère, ton sang. Et pourtant… Cette ignoble porcherie m’appelle… Elle aussi est ma maison… ——— Tu ne sais d'où tu viens… Vierge ou  putain? Ou peut-être ne le sais tu que trop… Toi, tout petit enfant a qui l'on a demandé d'être grand, tout propre, sans dépassement. Depuis la première heure, tu retiens ce cri tout le jour Et tu survis Mais vient la nuit, et là, t...

Dire au revoir, par Corinne Gotnich

Dire au revoir aux paysages desséchés dès le petit matin Dire au revoir aux formes trop familières Dire au revoir aux formes usées Dire au revoir au soleil sur la mer d'huile. Laisser derrière soi les rondes enfantines. Étais-ce vendredi ou mercredi que j'ai fermé ma porte pour la dernière fois ? Étais-ce un jour ordinaire ? Étais-ce un jour extraordinaire ? Étais-ce ................................................................................................................ Laisser derrière soi les rondes enfantines. Je voulais voir de nouveaux pays Je voulais voir le soleil se lever sur des horizons neufs Je voulais voir les vagues et le feu danser ensemble main dans la main Je voulais voir les vagues exploser d’allégresse Je voulais voir le feu éclater comme un fou. Laisser derrière soi les rondes enfantines. Je ne voulais pas crever Je ne voulais pas errer Je ne voulais pas savoir s'il neigeait Je ne voulais pas savoir s'il pleuvait Je ne voulais pas savoir ........

Mes yeux ne voyaient plus rien, par Corinne Gotnich

Mes yeux ne voyaient plus rien Me serais-je brûlée ? Ma langue se serait-elle brisée ?  Me suis-je tue ? Je ne palpiterai plus au vent J'écoutais je n'écoute plus ! Le feu courait-il partout sur ma peau ? Mes yeux s'ennuageraient-ils ?  Je palpitais Je pâlissais Me serais-je perdue ? Ai-je tout osé ?  Un tremblement m'a-t-il saisie ?  Me serais-je noyée ?  Une sueur froide se serait-elle répandue en moi ? Prise de défaillance me serais-je réveillée ? Tu parlais, tu parlais je ne t'entendais pas Étais-ce l'orage qui portait les larmes à mes yeux ?  Sans souffle, sans regard sans voix ma langue se serait-elle brisée ? L'orage portera-t-il encore des larmes à mes yeux ?

Le dormeur, par Marie Chapuis

D’abord le silence, onctuosité du dormeur lové dans son ventre de plume. Soudain, vacarme dans la tête, les pensées fondent, criaillent comme une voilée de moineaux que l’on disperse. Des plumes volent. Enfin, l’aurore sort des coursives de la nuit, les piafs se posent, leurs cris s’apaisent. Des anfractuosités de la mémoire des rêves coulent le long de coulisses immémoriales. Le jour se lève et grimpe le temps, les idées font de même. Les oiseaux s’envolent.

Un voilier en colère, par Anny Galopin

Un voilier en colère. La mer se réjouit. Elle a réussi son coup. Le voilier va chavirer. Mais pour qui se prend ce capitaine prétentieux ? Plus fort qu’elle, la tempête ? Elle va se faire respecter et faire savoir qui elle est. Le voilier se couche sur le flanc. Que va-t-il se passer ? Le capitaine est abattu. Il capitule. Il se couche lui aussi, et dans un élan de survie, il décide de dormir et de faire un beau rêve. Il se raconte une belle histoire avec une princesse qui fait sa connaissance et décide de l’épouser. Le commandant est aux anges et se réjouit de ce qui vient d’arriver. Une pieuvre arrive sur le voilier. La pieuvre est portée par les vagues jusqu’au pied du mât qui tente de se relever, sous l’effet du mouvement des vagues. Il monte. Il retombe. Soudain, Dame Pieuvre s’accroche à lui, et sans le décider le fait se relever. Elle lance ses bras de façon désordonnée, comme pour remercier la mer en colère de lui permettre d’exécuter cet exercice qui va sauver le mât et le bat...

Extérieur nuit, par Corinne Gotnich

Trouver le noyau à l'intérieur, le bleu raclé. Comme la lune blanche  me regarde lâchant ses fils blancs argentés. La mer amère  un miroir aux éclats de sels marin.  Des coups de peinture, anarchie du bleu. Profondeurs marines, insondables abysses. Représentation du rien  Miroir en creux, virgules répétées sur une page blanche et bleue. Accrocher des couleurs récalcitrantes. Qu'est-ce que c'est ? La représentation du bleu, la reine des couleurs en éclat de sel.  Poser la même question en écho. Pourquoi ?  A l'intérieur trouver le noyau et le fil noir des vagues jaunes dans un ciel bleu implacable. On aurait dit des éclats de blancs à la surface sans étoile. Tirer les fils des étoiles, elles ouvrent les yeux comme une fleur de mer constellée d'éclats de sel. Et pendant ce temps sous la lune un collier d'étoiles se définit semblable à un gros trait noir. Et pendant ce temps une fleur de mer sous la lune éclate pétale après pétale. On n'entend pas les mots qu...

Nordine, par Isabelle Sers

« Nordine, est-ce qu'un jour tu sauras écrire ne serait-ce qu'un mot ? » « Nordine, es-tu capable d'efforts ? J'en doute. » « Nordine, bon à quoi ? À rien. » Tu suffoquais, pleurais sans cesse, alors tu décidas de ne plus jamais poser un pied à l'école du Bon Secours. Ton père, de peur que tu ne fugues, t’enferma dans ta chambre. Et puis, un soir, une boulette de papier vint toquer à ta fenêtre. En la défroissant, tu pus lire : « C’est moi, Juliette, tu me manques. » Juliette était ta voisine de table à l'école. Tu l'aperçus, cachée entre deux arbres. Ton cœur se réactiva et tu descendis le long de la gouttière. Tous deux face à face, immobiles un long instant, vos regards s’entrelacèrent. Tu n’osais plus parler et Juliette le savait : « Ne dis rien et suis-moi. » Elle prit ta main et vous vous êtes engouffrés dans la forêt. Après quelques instants de marche silencieuse, un spectacle d'une précieuse beauté s’offrit à vos yeux : une folle chorégraphie int...

Il y a tristesse et tristesse, par Bruno Maret

« Il y a tristesse et tristesse, celle des âmes trop sensibles qui pleurent sur elles-mêmes et celle des cœurs désintéressés qui, pour eux, acceptent le sort et bénissent toujours la nature mais sentent les maux du monde et puisent dans la tristesse même la forces pour agir, pour créer » Jules Michelet C’est sur ce rivage indécis de Camargue qu’Elle a posé son pied fragile il y a deux milles ans.   Fuyant ses persécuteurs qui croyaient la condamner en la livrant aux flots sur une barque insécure, la Femme de Magdala abordait saine et sauve notre contrée alors dévouée aux Dieux anciens, égoïstes et cruels. Cheveux dénoués, première d’entre les témoins de la Vie, réprouvée de tous mais puissante d’un amour sans limite, de toute sa force immense elle voulait nous offrir une religion d’espoir, capable de transfigurer en force nos faiblesses. Las ! les hommes font toujours de même. D’Elle, ils ont pillé les hautes paroles et l’ont fait taire. Sur ces paroles ils ont construit d’int...

L'impuissance, par Anny Galopin

Cet homme, qui est-il pour de vrai ? Son personnage flirte avec le mensonge, et nous enveloppe dans un brouillard attirant. Son silence intérieur fait référence à un fantôme dont nous ne saurons rien. Une disparition est survenue dans son histoire, disparition dont nous n’aurons aucune explication, et qui a créé un blocage de ses émotions. Quand il parle, il ne dit rien ! Étonnement et incertitude ! Elle, la femme imprenable et incorruptible, de par ce qu’on savait d’elle, lit un article concernant cet homme, homme auquel elle s’intéressait et s’attachait. C’était alors pour elle une aventure merveilleuse, un réveil de sa vie émotionnelle éteinte tristement… Un choc ! Qu’osait-on inventer ? Devait-elle s’arrêter à cette description de ce partenaire nouvellement apparu dans sa vie ? Une amie avait invité notre femme précédemment décrite. Elle la voit lire l’article du journal qui parle de l’homme, celui qui a su la faire s’intéresser à lui. Elle comprend vite que la révélation pourrait ...

Ce jour-là, par Corinne Gotnich

Si je n'avais pas été présente ce jour-là, je n'avais pas été présente ce jour-là je n'aurais jamais cru ce récit apocalyptique ! Un port de méditerranée en plein soleil Un bateau qui n'arrive pas Une foule hagarde sur le quai, des visages humains qui n'ont presque plus rien d'humain. Des regards presque vides, des yeux secs à force d'avoir pleuré. Ils étaient tous là, ils attendaient un bateau qui n'arrivait pas. Et ces hurlements d'enfants qui n'en finissaient pas. Accrochés aux jupes de leurs mères, ils faisaient pitié à voir.  Les mères d'ordinaire si protectrices tombaient de sommeil, elles se seraient endormies si elles avaient trouvé un coin à l'ombre et au calme. Elles seraient elles-mêmes redevenues des enfants à la place de leurs enfants. Si je n'avais pas été présente ce jour-là je n'aurais pas fixé sur la pellicule ces visages d'enfants, ces visages de mères éplorées. Même si elles ne pouvaient plus être des mères ...

Chaque année..., par Corinne Gotnich

Chaque année, elle les mange embarquée dans ses mots. Chaque année, elle les fait vibrer dans son magnétisme, ça vibre fort en trois temps comme une valse lente. Ça fait comme une fulgurance.  Chaque année, ils mangent une page. Ils vont jusqu'à la racine des mots. Ils boivent l'encre. L'ancre qu'ils ne jetteront pas. Ils ont songé au moins deux fois à frapper fort à sa fenêtre, elle n'apparaît pas. La mère serait-elle devenue amère ?  Pourtant, elle danse douceâtre et blanchâtre.  Elle hésite entre deux nuances incertaines, elle se perd, elle se mord. Faire peur, Engloutir dans l'abîme, se perdre dans le labyrinthe à la recherche d'un galet poli et introuvable. Galet sésame aux quatre chiffres invisibles écrits à l'encre sympathique. On croit savoir qu'elle habite la maison du vertige aux murs bleus presque transparents. L'été, les nuages aux joues de chérubins passent au-dessus de son toit. Toit-terrasse aux vibrations douces-amères. Ils jouent...

Mmmmmh, par Ninon Goder

Il vole parce qu'il n'a pas de jambe. Il avance. Il avance seul. Il n'a pas de jambe. Ni jambe, ni bras. Il n'a pas de corps. C'est l'index. L'index gauche de pépé. Pépé l'avait perdu. Scric scric SRAC. Pépé l'a perdu il y a un gouffre, une vraie faille de temps. Et moi, je l'ai trouvé. Enfin, c'est lui qui m'a montré entre les failles. Il est là. Devant moi. Il est là et il vole. Il vole seul juste devant. Il vole droit, tout debout de lui. Il me regarde. Oui, il pointe. Il me pointe et m'enface. Il pourrait me curer le nez mais il ne fait rien. Du temps, du temps et l'index part.  Du temps. Du temps et il y a ça. Ça, ça vole aussi. Mais, pas seul. Cette fois, ça vole en groupe. C'est une poignée de cheveux. Des mèches toutes emmêlées. On dirait que les reflets bourdonnent pour suivre l'index. Je les connais. Je le reconnais ce bourdon échevelé, il est brun. Brun et raide. Ça bourdonne laid aussi. C'est le cancer qu...

Plouf, par Nolwenn Le Gal

Un amuseur de galerie et deux amusées sur un gros caillou. Le gros caillou est une falaise qui tombe dans l’eau. L’eau est l’océan salé, qui bouge sans s’arrêter et éclabousse les rebords. Les rebords de ceux qui sont là. L’amuseur de galerie et les deux amusées sont un garçon et deux filles, sûrement le garçon et la fille de deux parents, ou plutôt de six, sauf si l’un d’entre eux s’en est allé. L’amuseur amuse. Il s’amuse d’amuser. Les amusées sont amusées, on le voit à leur sourire qui plisse leurs yeux. Ce n’est pas le soleil qui plisse leurs yeux, le soleil n’est pas là. C’est amusant. Et ça les éclaire. ça s’éclaire. ça est le garçon qui fait des blagues, les deux filles qui rient. Et les autres aussi. On ne connaît pas les blagues. La falaise ne rit pas, on ne l’entend pas rire. Le vent hurle, lui. Il ébouriffe les cheveux de ceux qui sont là. Ceux sont le garçon, les deux filles, la falaise, l’océan. Le vent aussi, mais il ne s'ébouriffe pas lui-même. Le soleil n’est pas là...

L'hermite, par Marie Chapuis

Aujourd’hui, 21 novembre 2025, sous les tropiques. C’est en déambulant sur la plage que j’ai trouvé une grosse coquille vide. Bien trop grosse pour moi. Je m’installe à 30 cm d’elle et j’attends. Je sais que d’autres vont arriver. 22 novembre au matin, le temps est clair mais frais. Un petit gris s’installe juste derrière moi, c’est donc lui qui aura mon carrosse. C’est ainsi qu’on m’appelle, « Carrosse », car mon toit rose en a la forme et l’élégance. Pourtant, il me faudra bien le céder. On se regarde un peu, sans plus. 23 novembre, personne ne vient. Je suis à l’étroit, le soleil brille et j’ai trop chaud dans ma chambre rose. 24 novembre, à la tombée du jour, débarque celui qu’on appelle Strip-tease, débordant de sa carapace, ses chairs molles et blanches à moitié dehors. Il chaloupe un peu avant de se poser juste au milieu, à 15 cm entre la grosse coquille vide et moi. Le 25, rien ne se passe. 26, le temps est à la pluie quand débarque un magnifique spécimen dans une somptu...

Les ratatinées, par Michèle Atlan

Long plan-séquence sur deux silhouettes, l’une grande, l’une petite, une adulte, une enfant ; la mère et la fille. Elles traversent une grande place bordée d’arbres, quelques rares voitures y stationnent, des bancs au milieu s’espacent de quelques mètres les uns des autres. Des vélos qui zigzaguent entre les arbres, chevauchés par des gamins dont on perçoit les exclamations, les rires, la vie qu’ils insufflent au lieu. La petite fille suit sa mère, tantôt gambadant, tantôt poursuivant les vélos à grandes enjambées. Elle s’essouffle, se plie en deux un instant, presse une de ses mains sur ses côtes. La mère se retourne pour l’appeler, mais, interpellée par l’allure ralentie de sa fille et son corps légèrement voûté sur lui-même, elle fait demi-tour pour la rejoindre. — Betty, ça va ? Les joues rosies par la course ne parviennent pas à masquer les taches de rousseur qui constellent le visage de la fillette. La mère s’agenouille auprès d’elle. De longs cheveux châtains encadrent un ...

La Coiffeuse de la Belle au bois dormant, par Anny Galopin

Elle est là, assise sur le tronc d’un chêne centenaire, coupé et sacrifié lors d’une fête au château, le jour de la naissance de la fille tant attendue par le Roi et la Reine, il y a de cela bien longtemps... Que c’est long, et Dieu qu’elle s’ennuie ! Toute ridée par le temps, on la prendrait presque pour une sorcière. Comment a-t-elle pu résister jusque-là ? La Bonne Fée Marraine n’ayant pu arriver à temps pour la naissance de l’enfant, un malheur s’ensuivit, et celle-ci, comme nous le savons tous, se piqua avec le fuseau d’une Fée de l’Ombre, ce qui la plongea dans un sommeil sans fin. Tout fut essayé pour la réveiller, mais rien n’y fit, hélas... Elle avait juste dix-sept ans ! On décida donc de l’exposer dans un cercueil de bois fin et odorant, qui ne laissait la voir qu’à des regards de sujets particuliers et hautement triés sur le volet. C’était un privilège, comme il en existait dans toutes les cours d’une époque révolue. Ce cercueil fut placé alors dans un espace où les arb...

Plic ploc, par Isabelle Sers

Plic ploc, plic ploc... Goutte, gouttelette. Du plus bas… flaque où de petits pieds sautillent et s’éclaboussent en étincelles frémissantes… Douce rosée où aussi naissent de charmants têtards, éberlués par leur propre apparition. Du plus haut splashhhhh … Un plongeon vers d’inconnus fonds abyssaux, plus simplement nommés : « lavabo de marbre », là où la vie a vu le jour quand ce poupon, dès le surgissement de son premier cri, s’est retrouvé aspergé d’abord, puis enfin enfoui, le temps d’un baptême. L’eau… L’eau, qui habite nos corps : 60 %… tout de même…, et la terre : 70 %… oui oui… Vaisseaux, canaux, muscles, fleuves, cerveaux, océans, lames de fond, larmes de crocodile, crachats, baisers, potions… Que d’eau… Que de possibles traversées. Allons… voguons à travers les flots de nos intranquillités fluviales, et célébrons le goutte-à-goutte soporifique d’un robinet qui s’ignore, tout comme la fureur maritime d’une baleine qui s’insurge. Célébrons-la jusqu’à la lie, c...