Si je n'avais pas été présente ce jour-là, je n'avais pas été présente ce jour-là je n'aurais jamais cru ce récit apocalyptique !
Un port de méditerranée en plein soleil
Un bateau qui n'arrive pas
Une foule hagarde sur le quai, des visages humains qui n'ont presque plus rien d'humain. Des regards presque vides, des yeux secs à force d'avoir pleuré.
Ils étaient tous là, ils attendaient un bateau qui n'arrivait pas.
Et ces hurlements d'enfants qui n'en finissaient pas.
Accrochés aux jupes de leurs mères, ils faisaient pitié à voir.
Les mères d'ordinaire si protectrices tombaient de sommeil, elles se seraient endormies si elles avaient trouvé un coin à l'ombre et au calme.
Elles seraient elles-mêmes redevenues des enfants à la place de leurs enfants.
Si je n'avais pas été présente ce jour-là je n'aurais pas fixé sur la pellicule ces visages d'enfants, ces visages de mères éplorées. Même si elles ne pouvaient plus être des mères nourricières, des mères qui cajolent, des mères qui n'oublient jamais le goûter de leurs enfants quand elles les emmènent au square.
Mères méditerranéennes, mère méditerranée.
Ce jour-là, des cordons avaient été tranchés nets et précis.
Puis il arriva, le bateau, bateau fantôme à la silhouette incertaine.
Ils se sont précipités pour trouver une place à son bord.
Entassés les uns sur les autres, les cris des enfants se sont intensifiés. Les mères ne réagissaient plus. Devenues sourdes à cette détresse enfantine.
Si je n'avais pas été présente ce jour-là jamais je n'aurais cru à ces images déversées en continu.
Je n'ai pas pu oublier ces frimousses enfantines, je n'ai pas pu oublier ces regards vides des mères.
Que sont-ils tous devenus ?
Ce jour-là, je n'ai rien fait d'autre qu'appuyer sur le déclencheur de mon appareil photo, j'ai fabriqué des images en noir et blanc, mais je ne peux plus les regarder.
textes issus d'ateliers d'écriture animés par Martin Chabert