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Articles

A propos de ce blog

Ce blog entend donner un lieu de publication aux textes écrits par les participants des ateliers d'écriture animés par Martin Chabert pour l'association Arutam . Vous pouvez retrouver toutes les informations sur les ateliers en cours sur le site ecrireavec.com . Afin de soumettre un texte à publication , veuillez vous assurer : >>> que le texte est bien issu d'un atelier, >>> que l'orthographe et la ponctuation ont bien été revus et corrigés, >>> que le texte respecte les limitations de la liberté d'expression.    Vous pouvez ensuite soumettre votre texte en format texte (et non .pdf) à l'adresse martin@ecrireavec.com . Dès acceptation, il sera publié tel quel  et retiré du blog sur simple demande. Martin Chabert vit à Marseille où il se consacre à l’animation d’ateliers et à l’écriture. Il coordonne les activités culturelles et artistiques de l’association Arutam depuis sa création en 2019. Ses différentes expériences d'ani...
Articles récents

Nordine, par Isabelle Sers

« Nordine, est-ce qu'un jour tu sauras écrire ne serait-ce qu'un mot ? » « Nordine, es-tu capable d'efforts ? J'en doute. » « Nordine, bon à quoi ? À rien. » Tu suffoquais, pleurais sans cesse, alors tu décidas de ne plus jamais poser un pied à l'école du Bon Secours. Ton père, de peur que tu ne fugues, t’enferma dans ta chambre. Et puis, un soir, une boulette de papier vint toquer à ta fenêtre. En la défroissant, tu pus lire : « C’est moi, Juliette, tu me manques. » Juliette était ta voisine de table à l'école. Tu l'aperçus, cachée entre deux arbres. Ton cœur se réactiva et tu descendis le long de la gouttière. Tous deux face à face, immobiles un long instant, vos regards s’entrelacèrent. Tu n’osais plus parler et Juliette le savait : « Ne dis rien et suis-moi. » Elle prit ta main et vous vous êtes engouffrés dans la forêt. Après quelques instants de marche silencieuse, un spectacle d'une précieuse beauté s’offrit à vos yeux : une folle chorégraphie int...

Il y a tristesse et tristesse, par Bruno Maret

« Il y a tristesse et tristesse, celle des âmes trop sensibles qui pleurent sur elles-mêmes et celle des cœurs désintéressés qui, pour eux, acceptent le sort et bénissent toujours la nature mais sentent les maux du monde et puisent dans la tristesse même la forces pour agir, pour créer » Jules Michelet C’est sur ce rivage indécis de Camargue qu’Elle a posé son pied fragile il y a deux milles ans.   Fuyant ses persécuteurs qui croyaient la condamner en la livrant aux flots sur une barque insécure, la Femme de Magdala abordait saine et sauve notre contrée alors dévouée aux Dieux anciens, égoïstes et cruels. Cheveux dénoués, première d’entre les témoins de la Vie, réprouvée de tous mais puissante d’un amour sans limite, de toute sa force immense elle voulait nous offrir une religion d’espoir, capable de transfigurer en force nos faiblesses. Las ! les hommes font toujours de même. D’Elle, ils ont pillé les hautes paroles et l’ont fait taire. Sur ces paroles ils ont construit d’int...

L'impuissance, par Anny Galopin

Cet homme, qui est-il pour de vrai ? Son personnage flirte avec le mensonge, et nous enveloppe dans un brouillard attirant. Son silence intérieur fait référence à un fantôme dont nous ne saurons rien. Une disparition est survenue dans son histoire, disparition dont nous n’aurons aucune explication, et qui a créé un blocage de ses émotions. Quand il parle, il ne dit rien ! Étonnement et incertitude ! Elle, la femme imprenable et incorruptible, de par ce qu’on savait d’elle, lit un article concernant cet homme, homme auquel elle s’intéressait et s’attachait. C’était alors pour elle une aventure merveilleuse, un réveil de sa vie émotionnelle éteinte tristement… Un choc ! Qu’osait-on inventer ? Devait-elle s’arrêter à cette description de ce partenaire nouvellement apparu dans sa vie ? Une amie avait invité notre femme précédemment décrite. Elle la voit lire l’article du journal qui parle de l’homme, celui qui a su la faire s’intéresser à lui. Elle comprend vite que la révélation pourrait ...

Ce jour-là, par Corinne Gotnich

Si je n'avais pas été présente ce jour-là, je n'avais pas été présente ce jour-là je n'aurais jamais cru ce récit apocalyptique ! Un port de méditerranée en plein soleil Un bateau qui n'arrive pas Une foule hagarde sur le quai, des visages humains qui n'ont presque plus rien d'humain. Des regards presque vides, des yeux secs à force d'avoir pleuré. Ils étaient tous là, ils attendaient un bateau qui n'arrivait pas. Et ces hurlements d'enfants qui n'en finissaient pas. Accrochés aux jupes de leurs mères, ils faisaient pitié à voir.  Les mères d'ordinaire si protectrices tombaient de sommeil, elles se seraient endormies si elles avaient trouvé un coin à l'ombre et au calme. Elles seraient elles-mêmes redevenues des enfants à la place de leurs enfants. Si je n'avais pas été présente ce jour-là je n'aurais pas fixé sur la pellicule ces visages d'enfants, ces visages de mères éplorées. Même si elles ne pouvaient plus être des mères ...

Chaque année..., par Corinne Gotnich

Chaque année, elle les mange embarquée dans ses mots. Chaque année, elle les fait vibrer dans son magnétisme, ça vibre fort en trois temps comme une valse lente. Ça fait comme une fulgurance.  Chaque année, ils mangent une page. Ils vont jusqu'à la racine des mots. Ils boivent l'encre. L'ancre qu'ils ne jetteront pas. Ils ont songé au moins deux fois à frapper fort à sa fenêtre, elle n'apparaît pas. La mère serait-elle devenue amère ?  Pourtant, elle danse douceâtre et blanchâtre.  Elle hésite entre deux nuances incertaines, elle se perd, elle se mord. Faire peur, Engloutir dans l'abîme, se perdre dans le labyrinthe à la recherche d'un galet poli et introuvable. Galet sésame aux quatre chiffres invisibles écrits à l'encre sympathique. On croit savoir qu'elle habite la maison du vertige aux murs bleus presque transparents. L'été, les nuages aux joues de chérubins passent au-dessus de son toit. Toit-terrasse aux vibrations douces-amères. Ils jouent...

Mmmmmh, par Ninon Goder

Il vole parce qu'il n'a pas de jambe. Il avance. Il avance seul. Il n'a pas de jambe. Ni jambe, ni bras. Il n'a pas de corps. C'est l'index. L'index gauche de pépé. Pépé l'avait perdu. Scric scric SRAC. Pépé l'a perdu il y a un gouffre, une vraie faille de temps. Et moi, je l'ai trouvé. Enfin, c'est lui qui m'a montré entre les failles. Il est là. Devant moi. Il est là et il vole. Il vole seul juste devant. Il vole droit, tout debout de lui. Il me regarde. Oui, il pointe. Il me pointe et m'enface. Il pourrait me curer le nez mais il ne fait rien. Du temps, du temps et l'index part.  Du temps. Du temps et il y a ça. Ça, ça vole aussi. Mais, pas seul. Cette fois, ça vole en groupe. C'est une poignée de cheveux. Des mèches toutes emmêlées. On dirait que les reflets bourdonnent pour suivre l'index. Je les connais. Je le reconnais ce bourdon échevelé, il est brun. Brun et raide. Ça bourdonne laid aussi. C'est le cancer qu...

Plouf, par Nolwenn Le Gal

Un amuseur de galerie et deux amusées sur un gros caillou. Le gros caillou est une falaise qui tombe dans l’eau. L’eau est l’océan salé, qui bouge sans s’arrêter et éclabousse les rebords. Les rebords de ceux qui sont là. L’amuseur de galerie et les deux amusées sont un garçon et deux filles, sûrement le garçon et la fille de deux parents, ou plutôt de six, sauf si l’un d’entre eux s’en est allé. L’amuseur amuse. Il s’amuse d’amuser. Les amusées sont amusées, on le voit à leur sourire qui plisse leurs yeux. Ce n’est pas le soleil qui plisse leurs yeux, le soleil n’est pas là. C’est amusant. Et ça les éclaire. ça s’éclaire. ça est le garçon qui fait des blagues, les deux filles qui rient. Et les autres aussi. On ne connaît pas les blagues. La falaise ne rit pas, on ne l’entend pas rire. Le vent hurle, lui. Il ébouriffe les cheveux de ceux qui sont là. Ceux sont le garçon, les deux filles, la falaise, l’océan. Le vent aussi, mais il ne s'ébouriffe pas lui-même. Le soleil n’est pas là...

L'hermite, par Marie Chapuis

Aujourd’hui, 21 novembre 2025, sous les tropiques. C’est en déambulant sur la plage que j’ai trouvé une grosse coquille vide. Bien trop grosse pour moi. Je m’installe à 30 cm d’elle et j’attends. Je sais que d’autres vont arriver. 22 novembre au matin, le temps est clair mais frais. Un petit gris s’installe juste derrière moi, c’est donc lui qui aura mon carrosse. C’est ainsi qu’on m’appelle, « Carrosse », car mon toit rose en a la forme et l’élégance. Pourtant, il me faudra bien le céder. On se regarde un peu, sans plus. 23 novembre, personne ne vient. Je suis à l’étroit, le soleil brille et j’ai trop chaud dans ma chambre rose. 24 novembre, à la tombée du jour, débarque celui qu’on appelle Strip-tease, débordant de sa carapace, ses chairs molles et blanches à moitié dehors. Il chaloupe un peu avant de se poser juste au milieu, à 15 cm entre la grosse coquille vide et moi. Le 25, rien ne se passe. 26, le temps est à la pluie quand débarque un magnifique spécimen dans une somptu...

Les ratatinées, par Michèle Atlan

Long plan-séquence sur deux silhouettes, l’une grande, l’une petite, une adulte, une enfant ; la mère et la fille. Elles traversent une grande place bordée d’arbres, quelques rares voitures y stationnent, des bancs au milieu s’espacent de quelques mètres les uns des autres. Des vélos qui zigzaguent entre les arbres, chevauchés par des gamins dont on perçoit les exclamations, les rires, la vie qu’ils insufflent au lieu. La petite fille suit sa mère, tantôt gambadant, tantôt poursuivant les vélos à grandes enjambées. Elle s’essouffle, se plie en deux un instant, presse une de ses mains sur ses côtes. La mère se retourne pour l’appeler, mais, interpellée par l’allure ralentie de sa fille et son corps légèrement voûté sur lui-même, elle fait demi-tour pour la rejoindre. — Betty, ça va ? Les joues rosies par la course ne parviennent pas à masquer les taches de rousseur qui constellent le visage de la fillette. La mère s’agenouille auprès d’elle. De longs cheveux châtains encadrent un ...

La Coiffeuse de la Belle au bois dormant, par Anny Galopin

Elle est là, assise sur le tronc d’un chêne centenaire, coupé et sacrifié lors d’une fête au château, le jour de la naissance de la fille tant attendue par le Roi et la Reine, il y a de cela bien longtemps... Que c’est long, et Dieu qu’elle s’ennuie ! Toute ridée par le temps, on la prendrait presque pour une sorcière. Comment a-t-elle pu résister jusque-là ? La Bonne Fée Marraine n’ayant pu arriver à temps pour la naissance de l’enfant, un malheur s’ensuivit, et celle-ci, comme nous le savons tous, se piqua avec le fuseau d’une Fée de l’Ombre, ce qui la plongea dans un sommeil sans fin. Tout fut essayé pour la réveiller, mais rien n’y fit, hélas... Elle avait juste dix-sept ans ! On décida donc de l’exposer dans un cercueil de bois fin et odorant, qui ne laissait la voir qu’à des regards de sujets particuliers et hautement triés sur le volet. C’était un privilège, comme il en existait dans toutes les cours d’une époque révolue. Ce cercueil fut placé alors dans un espace où les arb...