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Articles

Affichage des articles associés au libellé Corinne Gotnich

Extérieur nuit, par Corinne Gotnich

Trouver le noyau à l'intérieur, le bleu raclé. Comme la lune blanche  me regarde lâchant ses fils blancs argentés. La mer amère  un miroir aux éclats de sels marin.  Des coups de peinture, anarchie du bleu. Profondeurs marines, insondables abysses. Représentation du rien  Miroir en creux, virgules répétées sur une page blanche et bleue. Accrocher des couleurs récalcitrantes. Qu'est-ce que c'est ? La représentation du bleu, la reine des couleurs en éclat de sel.  Poser la même question en écho. Pourquoi ?  A l'intérieur trouver le noyau et le fil noir des vagues jaunes dans un ciel bleu implacable. On aurait dit des éclats de blancs à la surface sans étoile. Tirer les fils des étoiles, elles ouvrent les yeux comme une fleur de mer constellée d'éclats de sel. Et pendant ce temps sous la lune un collier d'étoiles se définit semblable à un gros trait noir. Et pendant ce temps une fleur de mer sous la lune éclate pétale après pétale. On n'entend pas les mots qu...

Ce jour-là, par Corinne Gotnich

Si je n'avais pas été présente ce jour-là, je n'avais pas été présente ce jour-là je n'aurais jamais cru ce récit apocalyptique ! Un port de méditerranée en plein soleil Un bateau qui n'arrive pas Une foule hagarde sur le quai, des visages humains qui n'ont presque plus rien d'humain. Des regards presque vides, des yeux secs à force d'avoir pleuré. Ils étaient tous là, ils attendaient un bateau qui n'arrivait pas. Et ces hurlements d'enfants qui n'en finissaient pas. Accrochés aux jupes de leurs mères, ils faisaient pitié à voir.  Les mères d'ordinaire si protectrices tombaient de sommeil, elles se seraient endormies si elles avaient trouvé un coin à l'ombre et au calme. Elles seraient elles-mêmes redevenues des enfants à la place de leurs enfants. Si je n'avais pas été présente ce jour-là je n'aurais pas fixé sur la pellicule ces visages d'enfants, ces visages de mères éplorées. Même si elles ne pouvaient plus être des mères ...

Chaque année..., par Corinne Gotnich

Chaque année, elle les mange embarquée dans ses mots. Chaque année, elle les fait vibrer dans son magnétisme, ça vibre fort en trois temps comme une valse lente. Ça fait comme une fulgurance.  Chaque année, ils mangent une page. Ils vont jusqu'à la racine des mots. Ils boivent l'encre. L'ancre qu'ils ne jetteront pas. Ils ont songé au moins deux fois à frapper fort à sa fenêtre, elle n'apparaît pas. La mère serait-elle devenue amère ?  Pourtant, elle danse douceâtre et blanchâtre.  Elle hésite entre deux nuances incertaines, elle se perd, elle se mord. Faire peur, Engloutir dans l'abîme, se perdre dans le labyrinthe à la recherche d'un galet poli et introuvable. Galet sésame aux quatre chiffres invisibles écrits à l'encre sympathique. On croit savoir qu'elle habite la maison du vertige aux murs bleus presque transparents. L'été, les nuages aux joues de chérubins passent au-dessus de son toit. Toit-terrasse aux vibrations douces-amères. Ils jouent...

Histoire de femmes, par Corinne Gotnich

J'ai reçu un écrit provenant d'une jeune femme. J'hésite face à sa démarche, elle dresse le portrait d'un homme plus âgé qu'elle. Que lui reproche-t-elle à cet homme ? D'avoir la trentaine ? La quarantaine ? De lui avoir mal parlé ? Cela reste discutable. Les mots il les a employés dans un contexte précis. Il y a le dire et le dit, le signifié et le signifiant. Elle est au milieu de tout cela et elle patauge. Elle parle de cet homme sans en parler. Elle se perd, elle est aspirée par son langage à elle, elle bute sur les mots. Que lui reproche-t-elle ? De vouloir paraître trop respectable, de jouer la carte de l'humanité. Elle dit qu'il surjoue. Elle pense qu'il porte un masque. Cette jeune femme, elle en fait trop. On ne peut tout de même pas demander à cet homme de clarifier ses intentions, en deux mots ou en deux phrases ce serait impossible. Elle aurait pu quitter le bureau où elle était enfermée en face de lui ! Il ne l'avait ...

Sylvain, par Corinne Gotnich

Hier j'ai trouvé un sac à dos noir chez Zara précisément. Zara Boutique de fringues anonymes. Des fringues suspendues dans des linéaires. Pourquoi cette jeune femme a-t-elle abandonné ce sac dans une cabine d'essayage ? Aurait-elle déposé un épisode de son passé ? Passé douloureux ? Passé amoureux ? Un épisode nommé Sylvain. Pourtant quand je l'ai contacté il m'a dit qu'il n'avait jamais entendu parler d'elle. Comment est possible de dire : De qui me parlez-vous ? Je ne vois pas qui elle est. Mon numéro de portable je lui ai peut-être donné il y a longtemps. Je suis passé à autre chose. Si vous le voulez bien on va en rester là ! Comment est-ce possible d'avoir une mémoire et aucun souvenir ? Alors j'ai repris la parole : «  Elle portait un chouchou blanc comme la neige dans ses cheveux. Autour de son cou était enroulée une écharpe bleu turquoise. A l'oreille gauche elle portait un piercing, ce bijou était raffin...

Homme libre, par Corinne Gotnich

J'ai vécu en homme libre. J'ai tout fait comme il faut Je suis honnête il est vrai que mon moi déborde, un peu comme celui de Jean-Jacques Rousseau dans les Confessions. Cependant ma pensée n'est pas étriquée ! Ce sont les autres qui comptent car je suis généreux moi !  Je suis vertueux aussi. La preuve, je ne me suis jamais plaint de rien. Même quand je travaillais quinze heures par jour je trouvais le moyen de sourire aux autres. J'étais satisfait de moi-même.  Dans ma vie tout est lié même mon écriture, très droite, très lisible. J'ai un esprit rigoureux moi.  On a toujours plaisir à me rencontrer même quand je pense à mes affaires, Il fallait que je travaille pas seulement pour les autres. Je suis une figure presque christique.  Ma vie sociale a été exemplaire. Ma vie affective en revanche a été moins éclatante.  Mon épouse bien plus jeune que moi passait  beaucoup de temps en thalasso et au club de bridge. Quand je lui disais qu'elle s'écartait du droi...

Éternel retour, par Corinne Gotnich

Fondu au noir Petit matin s'extirper  Le réveil sonne il insiste son standard. Dormir sans rêve c'était bien  Oublier ce qui s'est passé. Ça s'est passé quand ? Est-ce que ça s'est passé d'ailleurs ailleurs ? Allumer la lumière Allumer la lumière électrique caresser le bouton noir de la lampe bleue posée sur la table à côté du lit. Enfouie dans l'oreiller violet Respirer le tissu. La main sort du lit Le pied sort du lit l'air libre l'agresse un peu Il le mord un peu quand même. Aller vers la baie vitrée relever le store sans bruit. Décoller la nuit collée à la fenêtre. Il y a le bruit léger comme un roulis au fond de la rue, le bruit décolle à peine le bruit qui vole Le bruit qui voile Le bruit un voile déchiré. Et le pied sur le tapis Et la main elle est posée où ?  Penser à la vague Pensée vague diluée dans la couleur blême La vague lèche le sable mouillé Lentement l'écume blanche comme une dentelle légère se pose et disparaît avalée. Jaillisse...

Regard sur l'octogone, par Corinne Gotnich

Regard sur l’octogone Des fenêtres comme des trous, rassemblant toutes les ombres, comme des non-dits. Un point aveugle de la façade, ou des yeux fermés. Un visage à lire, un visage qui ne se laisse pas regarder. Autour du bâtiment, zéro vie. Des murs glacés, des aspérités rosées aimantant le regard. De loin, on s’éloigne des façades dorées à l’or fin, baignées par un soleil fou furieux. On s’éloigne jusqu’au moment où cinq silhouettes apparaissent sur un pont blanc, dans la lumière. Au-dessus, des nuages joufflus s’effilochent dans un courant d’air à peine refroidi. Nouveau regard sur l’octogone foncé Re g ard caméra — de droite à gauche, de gauche à droite. Balayage rapide de l’espace. L’obscurité se déplace d’un point A à un point B. Elle ressort des immeubles monolithiques du front de mer, dont la pierre blonde respire naturellement, absorbant les graines de lumière qu’elle rejette aussitôt. Deux bateaux blancs glissent sur la mer ondulée et lumineuse. Un point blanc sur un miroir ...