« Il y a tristesse et tristesse, celle des âmes trop sensibles qui pleurent sur elles-mêmes et celle des cœurs désintéressés qui, pour eux, acceptent le sort et bénissent toujours la nature mais sentent les maux du monde et puisent dans la tristesse même la forces pour agir, pour créer » Jules Michelet
C’est sur ce rivage indécis de Camargue qu’Elle a posé son pied fragile il y a deux milles ans.
Fuyant ses persécuteurs qui croyaient la condamner en la livrant aux flots sur une barque insécure, la Femme de Magdala abordait saine et sauve notre contrée alors dévouée aux Dieux anciens, égoïstes et cruels. Cheveux dénoués, première d’entre les témoins de la Vie, réprouvée de tous mais puissante d’un amour sans limite, de toute sa force immense elle voulait nous offrir une religion d’espoir, capable de transfigurer en force nos faiblesses.
Las ! les hommes font toujours de même. D’Elle, ils ont pillé les hautes paroles et l’ont fait taire. Sur ces paroles ils ont construit d’intangibles dogmes, sur ces dogmes ils ont érigé leur effrayant pouvoir.
Là où Mer et Terre s’épousent en une féconde genèse de vie, eau et sol se disputent mais jamais ne se séparent, effilochant le brocard soyeux et incertain d’étangs à peine profonds et de talus mous fleuris d’ajoncs et d’immortelles bleues. Indistincts, marais et sols s’emmêlent, des fonds craquellent en s’asséchant puis s’engloutissent, des talus tantôt émergés fondent en se dissolvant.
C’est une planéité sans début ni fin, sans passé ni avenir, il n’y a pas de saison, la permanence rejoint l’impermanence, l’immuable est mouvance, nulle trace de l’histoire n’y peut subsister, et Tout disparaîtra sous les eaux.
textes issus d'ateliers d'écriture animés par Martin Chabert