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Articles

Plic ploc, par Isabelle Sers

Plic ploc, plic ploc... Goutte, gouttelette. Du plus bas… flaque où de petits pieds sautillent et s’éclaboussent en étincelles frémissantes… Douce rosée où aussi naissent de charmants têtards, éberlués par leur propre apparition. Du plus haut splashhhhh … Un plongeon vers d’inconnus fonds abyssaux, plus simplement nommés : « lavabo de marbre », là où la vie a vu le jour quand ce poupon, dès le surgissement de son premier cri, s’est retrouvé aspergé d’abord, puis enfin enfoui, le temps d’un baptême. L’eau… L’eau, qui habite nos corps : 60 %… tout de même…, et la terre : 70 %… oui oui… Vaisseaux, canaux, muscles, fleuves, cerveaux, océans, lames de fond, larmes de crocodile, crachats, baisers, potions… Que d’eau… Que de possibles traversées. Allons… voguons à travers les flots de nos intranquillités fluviales, et célébrons le goutte-à-goutte soporifique d’un robinet qui s’ignore, tout comme la fureur maritime d’une baleine qui s’insurge. Célébrons-la jusqu’à la lie, c...

Vert œil ?, par Vincent Figuéréo

Alda de Mesquita choisit de mourir le 4 février 1480. Alda de Mesquita choisit de donner vie à Fernand de Magellan, par voie basse, ce matin-là.  Alda de Mesquita choisit, en accord avec ses croyances et avec la volonté d’Undibel, de vivre éternellement en plantant une aiguille dans sa jugulaire. Undibel signifie « dieu » en calo, argot espagnol intégrant de l’argot gitan. Undibel a écrit dans son livre intitulé Le Livre d’Undibel qu’il promet la vie éternelle à qui laissera couler 21 grammes de son sang provenant de la veine jugulaire antérieure gauche. Ces 21 grammes doivent être déposés dans le récipient le plus proche de nous, d’une coupelle à un Tupperware. Ces 21 grammes doivent être mélangés à une goutte d’huile d’olive vierge et à un peu d’eau de mer, celle du large, pas trop salée. Le mélange doit être jeté en l’air, puis récupéré à la volée dans un geste acrobatique très délicat. Ce geste très délicat, vous vous en doutez, réduit les chances de l’opération à peau...

Histoire de femmes, par Corinne Gotnich

J'ai reçu un écrit provenant d'une jeune femme. J'hésite face à sa démarche, elle dresse le portrait d'un homme plus âgé qu'elle. Que lui reproche-t-elle à cet homme ? D'avoir la trentaine ? La quarantaine ? De lui avoir mal parlé ? Cela reste discutable. Les mots il les a employés dans un contexte précis. Il y a le dire et le dit, le signifié et le signifiant. Elle est au milieu de tout cela et elle patauge. Elle parle de cet homme sans en parler. Elle se perd, elle est aspirée par son langage à elle, elle bute sur les mots. Que lui reproche-t-elle ? De vouloir paraître trop respectable, de jouer la carte de l'humanité. Elle dit qu'il surjoue. Elle pense qu'il porte un masque. Cette jeune femme, elle en fait trop. On ne peut tout de même pas demander à cet homme de clarifier ses intentions, en deux mots ou en deux phrases ce serait impossible. Elle aurait pu quitter le bureau où elle était enfermée en face de lui ! Il ne l'avait ...

Sylvain, par Corinne Gotnich

Hier j'ai trouvé un sac à dos noir chez Zara précisément. Zara Boutique de fringues anonymes. Des fringues suspendues dans des linéaires. Pourquoi cette jeune femme a-t-elle abandonné ce sac dans une cabine d'essayage ? Aurait-elle déposé un épisode de son passé ? Passé douloureux ? Passé amoureux ? Un épisode nommé Sylvain. Pourtant quand je l'ai contacté il m'a dit qu'il n'avait jamais entendu parler d'elle. Comment est possible de dire : De qui me parlez-vous ? Je ne vois pas qui elle est. Mon numéro de portable je lui ai peut-être donné il y a longtemps. Je suis passé à autre chose. Si vous le voulez bien on va en rester là ! Comment est-ce possible d'avoir une mémoire et aucun souvenir ? Alors j'ai repris la parole : «  Elle portait un chouchou blanc comme la neige dans ses cheveux. Autour de son cou était enroulée une écharpe bleu turquoise. A l'oreille gauche elle portait un piercing, ce bijou était raffin...

Homme libre, par Corinne Gotnich

J'ai vécu en homme libre. J'ai tout fait comme il faut Je suis honnête il est vrai que mon moi déborde, un peu comme celui de Jean-Jacques Rousseau dans les Confessions. Cependant ma pensée n'est pas étriquée ! Ce sont les autres qui comptent car je suis généreux moi !  Je suis vertueux aussi. La preuve, je ne me suis jamais plaint de rien. Même quand je travaillais quinze heures par jour je trouvais le moyen de sourire aux autres. J'étais satisfait de moi-même.  Dans ma vie tout est lié même mon écriture, très droite, très lisible. J'ai un esprit rigoureux moi.  On a toujours plaisir à me rencontrer même quand je pense à mes affaires, Il fallait que je travaille pas seulement pour les autres. Je suis une figure presque christique.  Ma vie sociale a été exemplaire. Ma vie affective en revanche a été moins éclatante.  Mon épouse bien plus jeune que moi passait  beaucoup de temps en thalasso et au club de bridge. Quand je lui disais qu'elle s'écartait du droi...

Éternel retour, par Corinne Gotnich

Fondu au noir Petit matin s'extirper  Le réveil sonne il insiste son standard. Dormir sans rêve c'était bien  Oublier ce qui s'est passé. Ça s'est passé quand ? Est-ce que ça s'est passé d'ailleurs ailleurs ? Allumer la lumière Allumer la lumière électrique caresser le bouton noir de la lampe bleue posée sur la table à côté du lit. Enfouie dans l'oreiller violet Respirer le tissu. La main sort du lit Le pied sort du lit l'air libre l'agresse un peu Il le mord un peu quand même. Aller vers la baie vitrée relever le store sans bruit. Décoller la nuit collée à la fenêtre. Il y a le bruit léger comme un roulis au fond de la rue, le bruit décolle à peine le bruit qui vole Le bruit qui voile Le bruit un voile déchiré. Et le pied sur le tapis Et la main elle est posée où ?  Penser à la vague Pensée vague diluée dans la couleur blême La vague lèche le sable mouillé Lentement l'écume blanche comme une dentelle légère se pose et disparaît avalée. Jaillisse...

Face à un orage, est-ce le début ?, par Vincent Figuéréo

Il y a plus de différences dans la forme et la coupe de mes ongles que de bateaux qui sont amarrés au port ce matin. Des poils trop timides pour sortir sur le dessus. Une cicatrice d’alcool sur l’annulaire. De l’autre côté, des traces, des crevasses.  Hier, plus haut, un éclair.  Il est tombé dans la nuit. Toutes les couleurs en face se sont allumées. Un grondement a étouffé la ville. Ce soir orage. Ses pupilles énormes. Son duvet debout. Ses ongles rentrent dans ma chair. Elle retourne à moi on dirait. Plus animal qu’enfant.  Ai-je oublié d’avoir peur ? L’obscurité me fait peur parce que je ne sais pas. Jamais je n’ai su. Les traits de mon visage se ferment. Mes émotions, primaires. Mon manque de courage, ou mon impossibilité de devenir adulte ? Mes pupilles couleur de ma peur. Mes pupilles aveugles. Mes pupilles.  Mais.  Au fond de mon ventre le doute. En ouvrant ce doute, la peine. Accroché à la peine, la peur la retient ici.  P E U R Air absent, souffle...

Lacydon, par Vincent Figuéréo

C'est ici le royaume des fuyants, des passagers et des oubliés. Pourtant chacun y laisse sa trace. Des taches d'huile aux fientes et du moisi à l'amiante Par là, on ne s'y aventure pas sans raison Serait-ici, dans le chemin du Lacydon. Qu'on trouve et découvre un peu de ce qui nous hante ? Une fois dans l’allée  cependant, pas de bruit Au bout du fond ne vient ni le jour ni la nuit Et repose le Lacydon, service à bas prix. C'est ici le royaume des fuyants, des passagers.  Femme qui boîte toute estropiée Est bien la seule à me saluer. Devant une trace de pisse et une flaque de café Le noir, moins sombre en s'approchant Parait au final plus accueillant Que la rue pleine de lumière  Et de faux - semblants que je hais. C'est ici le royaume des fuyants. De ceux qui nagent dans l'ombre et qui en redemande De ceux que l'on regarde sans besoin qu'ils se vendent Des sales , des authentiques, des spécialistes en électrique. Des parfums oubliés, des tex...

Promenade, par Anny Galopin

Se prendre pour une fleur Attirer les papillons S’envoler avec eux Déployer ses ailes Se vêtir de leurs couleurs Emprunter leur légèreté Et se poser où bon nous semble Le temps d’une inspiration… Pas belle la vie ???   Si l’oiseau chante bien et avec goût, c’est qu’il chante avec action et avec âme, et qu’il s’anime à sa propre voix… Et ça nous fait quelque chose ! C’est comme si les oiseaux nous aidaient à nous émouvoir, à aimer ce qu’on a sous les yeux, comme s’ils intensifiaient et soutenaient notre lien à nos propres milieux…   Je fais une comparaison entre l’oiseau et l’enfant : « Les oiseaux débordent de vie, ne tiennent pas en place, se dépensent, vont et viennent sans nécessité, se plaisant à voler par jeu »… Aux oiseaux comme aux enfants, c’est le mouvement qui est un repos ! Et même la migration est comprise ici comme une guerre faite à l’ennui : « Ils semblent ignorer l’ennui , ils changent de lieu à tout instant, passant d’un pays à un autre, ignorant les distances...

Regard sur l'octogone, par Corinne Gotnich

Regard sur l’octogone Des fenêtres comme des trous, rassemblant toutes les ombres, comme des non-dits. Un point aveugle de la façade, ou des yeux fermés. Un visage à lire, un visage qui ne se laisse pas regarder. Autour du bâtiment, zéro vie. Des murs glacés, des aspérités rosées aimantant le regard. De loin, on s’éloigne des façades dorées à l’or fin, baignées par un soleil fou furieux. On s’éloigne jusqu’au moment où cinq silhouettes apparaissent sur un pont blanc, dans la lumière. Au-dessus, des nuages joufflus s’effilochent dans un courant d’air à peine refroidi. Nouveau regard sur l’octogone foncé Re g ard caméra — de droite à gauche, de gauche à droite. Balayage rapide de l’espace. L’obscurité se déplace d’un point A à un point B. Elle ressort des immeubles monolithiques du front de mer, dont la pierre blonde respire naturellement, absorbant les graines de lumière qu’elle rejette aussitôt. Deux bateaux blancs glissent sur la mer ondulée et lumineuse. Un point blanc sur un miroir ...