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Articles

Affichage des articles du février, 2026

Nordine, par Isabelle Sers

« Nordine, est-ce qu'un jour tu sauras écrire ne serait-ce qu'un mot ? » « Nordine, es-tu capable d'efforts ? J'en doute. » « Nordine, bon à quoi ? À rien. » Tu suffoquais, pleurais sans cesse, alors tu décidas de ne plus jamais poser un pied à l'école du Bon Secours. Ton père, de peur que tu ne fugues, t’enferma dans ta chambre. Et puis, un soir, une boulette de papier vint toquer à ta fenêtre. En la défroissant, tu pus lire : « C’est moi, Juliette, tu me manques. » Juliette était ta voisine de table à l'école. Tu l'aperçus, cachée entre deux arbres. Ton cœur se réactiva et tu descendis le long de la gouttière. Tous deux face à face, immobiles un long instant, vos regards s’entrelacèrent. Tu n’osais plus parler et Juliette le savait : « Ne dis rien et suis-moi. » Elle prit ta main et vous vous êtes engouffrés dans la forêt. Après quelques instants de marche silencieuse, un spectacle d'une précieuse beauté s’offrit à vos yeux : une folle chorégraphie int...

Il y a tristesse et tristesse, par Bruno Maret

« Il y a tristesse et tristesse, celle des âmes trop sensibles qui pleurent sur elles-mêmes et celle des cœurs désintéressés qui, pour eux, acceptent le sort et bénissent toujours la nature mais sentent les maux du monde et puisent dans la tristesse même la forces pour agir, pour créer » Jules Michelet C’est sur ce rivage indécis de Camargue qu’Elle a posé son pied fragile il y a deux milles ans.   Fuyant ses persécuteurs qui croyaient la condamner en la livrant aux flots sur une barque insécure, la Femme de Magdala abordait saine et sauve notre contrée alors dévouée aux Dieux anciens, égoïstes et cruels. Cheveux dénoués, première d’entre les témoins de la Vie, réprouvée de tous mais puissante d’un amour sans limite, de toute sa force immense elle voulait nous offrir une religion d’espoir, capable de transfigurer en force nos faiblesses. Las ! les hommes font toujours de même. D’Elle, ils ont pillé les hautes paroles et l’ont fait taire. Sur ces paroles ils ont construit d’int...

L'impuissance, par Anny Galopin

Cet homme, qui est-il pour de vrai ? Son personnage flirte avec le mensonge, et nous enveloppe dans un brouillard attirant. Son silence intérieur fait référence à un fantôme dont nous ne saurons rien. Une disparition est survenue dans son histoire, disparition dont nous n’aurons aucune explication, et qui a créé un blocage de ses émotions. Quand il parle, il ne dit rien ! Étonnement et incertitude ! Elle, la femme imprenable et incorruptible, de par ce qu’on savait d’elle, lit un article concernant cet homme, homme auquel elle s’intéressait et s’attachait. C’était alors pour elle une aventure merveilleuse, un réveil de sa vie émotionnelle éteinte tristement… Un choc ! Qu’osait-on inventer ? Devait-elle s’arrêter à cette description de ce partenaire nouvellement apparu dans sa vie ? Une amie avait invité notre femme précédemment décrite. Elle la voit lire l’article du journal qui parle de l’homme, celui qui a su la faire s’intéresser à lui. Elle comprend vite que la révélation pourrait ...

Ce jour-là, par Corinne Gotnich

Si je n'avais pas été présente ce jour-là, je n'avais pas été présente ce jour-là je n'aurais jamais cru ce récit apocalyptique ! Un port de méditerranée en plein soleil Un bateau qui n'arrive pas Une foule hagarde sur le quai, des visages humains qui n'ont presque plus rien d'humain. Des regards presque vides, des yeux secs à force d'avoir pleuré. Ils étaient tous là, ils attendaient un bateau qui n'arrivait pas. Et ces hurlements d'enfants qui n'en finissaient pas. Accrochés aux jupes de leurs mères, ils faisaient pitié à voir.  Les mères d'ordinaire si protectrices tombaient de sommeil, elles se seraient endormies si elles avaient trouvé un coin à l'ombre et au calme. Elles seraient elles-mêmes redevenues des enfants à la place de leurs enfants. Si je n'avais pas été présente ce jour-là je n'aurais pas fixé sur la pellicule ces visages d'enfants, ces visages de mères éplorées. Même si elles ne pouvaient plus être des mères ...

Chaque année..., par Corinne Gotnich

Chaque année, elle les mange embarquée dans ses mots. Chaque année, elle les fait vibrer dans son magnétisme, ça vibre fort en trois temps comme une valse lente. Ça fait comme une fulgurance.  Chaque année, ils mangent une page. Ils vont jusqu'à la racine des mots. Ils boivent l'encre. L'ancre qu'ils ne jetteront pas. Ils ont songé au moins deux fois à frapper fort à sa fenêtre, elle n'apparaît pas. La mère serait-elle devenue amère ?  Pourtant, elle danse douceâtre et blanchâtre.  Elle hésite entre deux nuances incertaines, elle se perd, elle se mord. Faire peur, Engloutir dans l'abîme, se perdre dans le labyrinthe à la recherche d'un galet poli et introuvable. Galet sésame aux quatre chiffres invisibles écrits à l'encre sympathique. On croit savoir qu'elle habite la maison du vertige aux murs bleus presque transparents. L'été, les nuages aux joues de chérubins passent au-dessus de son toit. Toit-terrasse aux vibrations douces-amères. Ils jouent...