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Articles

Affichage des articles du mars, 2026

Le radeau de la méduse, par Marie Chapuis

Découpe des corps sur la mer déchaînée. Des hommes agglutinés sont arrimés à des bouts de bois ébréchés. D’autres appartiennent déjà à l’océan, flottants sur des lambeaux d’écumes. En haut de la pyramide humaine, tel un capitaine encore debout, un homme agite un tissus que le vent déchire. Il a aperçu au loin le vaisseau salvateur. Sa peau terre d’ombre brûlée a des reflets d’ocres dorés et de cuivre, révélant un métissage que l’on voulait pourtant garder dans l’ombre. Depuis les générations se sont succédées. Le radeau ne part pas, il revient d’Afrique comme une marée qui remonte, avec, à son bord, les descendants du passé. Le naufrage approche, les bouées ressemblent à des couronnes mortuaires. L’embarcation sort du cadre, son bois éclabousse le parquet acajou du Louvre. Médusés les visiteurs reculent.. moi aussi. Plus tard, Immergée dans mes pensées, je marche dans la salle des pas perdus. Dans mon songe les silhouettes d’hommes se déforment, se font animales. Une girafe a prit la p...

Des mots et des cabanes, par Corinne Gotnich

J'ai toujours eu les cabanes en horreur. Ça fait homme des bois. Ça fait habitat précaire. On est en transit quelque part, on attend qu'on veuille bien de nous. On attend la validation. On attend qu'on nous ouvre les portes. Moi j'aime la solidité et la stabilité. Je n'aime pas m'enfoncer dans les sables mouvants. Ce n'est pas un jeu les sables mouvants. Ce jour-là il paraît que j'étais agacée. Agacée !  On a tellement insisté pour me faire venir là où je ne voulais pas aller. A reculons j'ai avancé. J'ai parlé de l'enfance comme d'un territoire. J'ai même dit un, deux, trois SOLEIL ! Quand j'ai entendu le mot cabane, j'ai fermé les yeux et j'ai dit DANGER. J'ai arboré mon panneau SENS INTERDIT mais personne ne l'a vu.  Le mot cabane n'est pas un jeu. Je suis anormative, j'invente des mots comme on joue à la marelle. On va jusqu'au ciel et on crie SOLEIL. J'allume les lumières. J'allume les lumi...

Fracasser ma langue d'amour, par Stéphanie Lemonnier

Parler sur Parler dedans Parler autour Puis apprendre à me taire A retenir le mors Brider puis débrider d’un coup Lacher le flow Suivre ce mouvement organique Puis d’un coup tirer les rennes Arpenter l’aridité du mot La sécheresse du flow Resserrer la bouche Contracter les fluides Fixer l’iris de la source Creuser la langue son en caresse d’angle Creuser le corps matière Voyager dans ses noeuds Sculpter la pulpe de ces transpirations séductrices Visiter chaque organe comme une nouvelle région libre et autonome Partir en pèlerin - pèlerine - sur le chemin de ce corps douceur Sur le tamis des mots Sous la voilure de mes reins Laisser cette bête aux chevauchées nocturnes Reprendre place, refaire traversée Puis tordre flux et flow Pour que cette bête indomptée Ce mâle analphabète à la virilité oppressante S’invite à la table des douces allitérations Puis conserver uniquement le suc de ces transpirations acres  Pour faire naitre sous ces semences nouvelles Une poésie de mousse et de cha...

Trois fois Cálice, par Isabelle Sers

Aveugle, Réfractaire, Je refuse. J’ai vu, J’ai compris, Le leurre, Et je refuse. Je ferme les écluses. Pourtant, rien qu'un vœu, un seul : M’extirper du songe matrice. Sortir de ce mensonge Et hurler, Me libérer Des entrailles de l'ignominie. Et boire et boire encore Et m’abreuver du sang de ce péché. Pour l'ivresse de vie, Pour le souffle sulfureux Du dragon refoulé, Je plonge. ——— Confort. Se conforter Pour ne pas se confronter. Éviter la vérité. Et se saouler de bêtise, de sexe, de luxure. Mère, retrouver ta chaleur Mère, retrouver ton inconditionnel amour Se calfeutrer… Mère, tes bras Mère, ton ventre Mère, ton sang. Et pourtant… Cette ignoble porcherie m’appelle… Elle aussi est ma maison… ——— Tu ne sais d'où tu viens… Vierge ou  putain? Ou peut-être ne le sais tu que trop… Toi, tout petit enfant a qui l'on a demandé d'être grand, tout propre, sans dépassement. Depuis la première heure, tu retiens ce cri tout le jour Et tu survis Mais vient la nuit, et là, t...

Dire au revoir, par Corinne Gotnich

Dire au revoir aux paysages desséchés dès le petit matin Dire au revoir aux formes trop familières Dire au revoir aux formes usées Dire au revoir au soleil sur la mer d'huile. Laisser derrière soi les rondes enfantines. Étais-ce vendredi ou mercredi que j'ai fermé ma porte pour la dernière fois ? Étais-ce un jour ordinaire ? Étais-ce un jour extraordinaire ? Étais-ce ................................................................................................................ Laisser derrière soi les rondes enfantines. Je voulais voir de nouveaux pays Je voulais voir le soleil se lever sur des horizons neufs Je voulais voir les vagues et le feu danser ensemble main dans la main Je voulais voir les vagues exploser d’allégresse Je voulais voir le feu éclater comme un fou. Laisser derrière soi les rondes enfantines. Je ne voulais pas crever Je ne voulais pas errer Je ne voulais pas savoir s'il neigeait Je ne voulais pas savoir s'il pleuvait Je ne voulais pas savoir ........

Mes yeux ne voyaient plus rien, par Corinne Gotnich

Mes yeux ne voyaient plus rien Me serais-je brûlée ? Ma langue se serait-elle brisée ?  Me suis-je tue ? Je ne palpiterai plus au vent J'écoutais je n'écoute plus ! Le feu courait-il partout sur ma peau ? Mes yeux s'ennuageraient-ils ?  Je palpitais Je pâlissais Me serais-je perdue ? Ai-je tout osé ?  Un tremblement m'a-t-il saisie ?  Me serais-je noyée ?  Une sueur froide se serait-elle répandue en moi ? Prise de défaillance me serais-je réveillée ? Tu parlais, tu parlais je ne t'entendais pas Étais-ce l'orage qui portait les larmes à mes yeux ?  Sans souffle, sans regard sans voix ma langue se serait-elle brisée ? L'orage portera-t-il encore des larmes à mes yeux ?