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Le radeau de la méduse, par Marie Chapuis

Découpe des corps sur la mer déchaînée. Des hommes agglutinés sont arrimés à des bouts de bois ébréchés. D’autres appartiennent déjà à l’océan, flottants sur des lambeaux d’écumes.

En haut de la pyramide humaine, tel un capitaine encore debout, un homme agite un tissus que le vent déchire. Il a aperçu au loin le vaisseau salvateur.

Sa peau terre d’ombre brûlée a des reflets d’ocres dorés et de cuivre, révélant un métissage que l’on voulait pourtant garder dans l’ombre.

Depuis les générations se sont succédées. Le radeau ne part pas, il revient d’Afrique comme une marée qui remonte, avec, à son bord, les descendants du passé. Le naufrage approche, les bouées ressemblent à des couronnes mortuaires. L’embarcation sort du cadre, son bois éclabousse le parquet acajou du Louvre. Médusés les visiteurs reculent.. moi aussi.

Plus tard, Immergée dans mes pensées, je marche dans la salle des pas perdus. Dans mon songe les silhouettes d’hommes se déforment, se font animales. Une girafe a prit la place du capitaine debout. Singes, cochons hippopotames et tant d’autres se dessinent sur un ciel d’orage.

L’arche tangue, elle parait bien frêle.