J'ai toujours eu les cabanes en horreur.
Ça fait homme des bois.
Ça fait habitat précaire.
On est en transit quelque part, on attend qu'on veuille bien de nous.
On attend la validation.
On attend qu'on nous ouvre les portes.
Moi j'aime la solidité et la stabilité.
Je n'aime pas m'enfoncer dans les sables mouvants.
Ce n'est pas un jeu les sables mouvants.
Ce jour-là il paraît que j'étais agacée.
Agacée !
On a tellement insisté pour me faire venir là où je ne voulais pas aller.
A reculons j'ai avancé.
J'ai parlé de l'enfance comme d'un territoire. J'ai même dit un, deux, trois SOLEIL !
Quand j'ai entendu le mot cabane, j'ai fermé les yeux et j'ai dit DANGER. J'ai arboré mon panneau SENS INTERDIT mais personne ne l'a vu.
Le mot cabane n'est pas un jeu.
Je suis anormative, j'invente des mots comme on joue à la marelle. On va jusqu'au ciel et on crie SOLEIL. J'allume les lumières.
J'allume les lumières. Les mots ne sont-ils pas des soleils éclatants ? Ce sont mes meilleurs amis.
Je ne fais rien comme tout le monde je ne sais pas écrire gros.
Je ne sais pas prendre toute de la place sur la page.
Je suis discrète jusqu'à l'effacement.
Ce jour-là j'ai écrit gros et je suis sortie de ma cachette un mot dans chaque main.
Ce jour-là, j'ai pris le risque d'être vue.
Ce jour-là je me suis fait mal à la cheville. Je marchais tête folle et je suis tombée un peu comme on dégringole dans une cour de récréation. Ça a fait BOUM !
J'ai entendu un grand bruit, il y avait des mots partout.
Ils étaient en promenade, il me regardaient comme s'ils ne m'avaient jamais vue.
Eux et moi on partageait le même espace mais on ne le savait pas.
Ensemble on s'est enfoncés dans la nuit.
C'était la nuit des mots.
Ils m'ont dit : » Viens on va faire un tour dans le train fantôme.
Les mots étaient lâchés
Les mots jouaient avec moi.
On ne pouvait plus les ranger.
On ne pouvait plus les assigner à un genre et à un nombre.
Ce jour-là ils ont dit à qui voulait les entendre qu'ils s'étaient affranchis du genre et du nombre.
Ils avaient décollé leur étiquette d'infamie suprême : Le mauvais genre.
textes issus d'ateliers d'écriture animés par Martin Chabert