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Articles

Affichage des articles du juin, 2026

Femme au bord de la crise de mer, par Corinne Gotnich

Le rideau s'ouvre sur un intérieur bourgeois des années 1900 à Vienne. Elle se nomme Anna, elle a peur de l'eau, elle lui fait mal quand elle recouvre son corps de marbre. Elle est vêtue d'un costume noir d'encre, sa tête est recouverte d'un voile transparent. Elle s'est apprêtée, elle ouvre la porte. Elle aurait voulu se lever et partir. IMPOSSIBLE Elle a fermé les yeux. Elle a peut-être rêvé ? Il y a de l'eau sur le parquet, une nappe d'eau. Des corps affleurent. Une femme morte ou endormie vêtue à l'antique, elle a un visage d'ange. Serait-elle un démon jouant à cache-cache ? Et les visages sortant de l'eau, qui sont-ils ? Un homme ? Une femme ? Elle l'ignore. Sa vision s'est brouillée, c'est ainsi depuis qu'elle consulte le docteur Freud. Elle ne sait pas pourquoi sa pensée s'emmêle et les époques s'embrouillent. Engoncée dans son costume bourgeois, serait-elle une femme au bord de la crise de mer(e) ? Elle rêve de...

Dans le parc solitaire et glacé, par Corinne Gotnich

Ils s'enroulent sur eux-mêmes comme dans une gestation prolongée comme dans une atmosphère liquide. Il pleut tous les jours Il pleut toutes les nuits. Il pleut de grosses gouttes translucides. J'ignore si ces corps viennent vers moi pourtant ils m'entourent mais je ne les vois plus. On dirait des tentacules, on dirait des fils d'araignée. Je suis solitaire et perdue dans une forêt de bras. J'essaie de me lever, je suis captive. Ils me poussent au sol, je ne peux plus rien faire, je m'enroule sur moi-même. Je me replie comme dans une gestation renforcée. Je m'enroule sur moi-même, ils avancent vers moi. Ils reculent, ils glissent sur le côté gauche, leurs bras toujours tendus. Dans ce parc solitaire et glacé des bras, des jambes, des corps qui passent. Des corps glissant au sol Des corps se rapprochant Des corps s'immobilisant puis rien. Comme dans un fondu au noir, mes yeux ne les voient plus. Ils sont passés derrière le rideau. Ils explorent le vide. Il...

On va dire que, par Corinne Gotnich

On va dire que ton corps est un chat ! Tu imagines un chat dormant près du feu, il dort il ne souffle pas. Quoi ? Tu ne veux pas que ton corps soit un chat ? Un chat urbain, un chat de palace tout ce qu'il y a de plus snob, un chat qui passerait ses vacances à Rome ou à Capri ! On va dire que tu te nommes Marcello. Un jour, tu as rencontré Anita. Tu ne crois plus en rien et ce jour-là elle apparaît devant toi. Alors, ta main gauche tu la sors de la poche de ton pantalon. Regarde-la ta main comme si tu la découvrais à peine. Imagine un bébé découvrant ses mains, la gauche d'abord la droite ensuite. Sauf que ta main à toi passe très lentement sur la joue d'Anita. Elle passe avec douceur. Jamais tu ne l'approcheras par effraction. Attention, tu es un chat très doux. Explore sa joue et le grain de sa peau. Attends ! Laisse-la passer et repasser jusqu'à ce qu'elle soit en arrêt. C'est un moment suspendu où vous découvrez que vous êtes en miroir dans un face à fac...