On va dire que ton corps est un chat !
Tu imagines un chat dormant près du feu, il dort il ne souffle pas.
Quoi ?
Tu ne veux pas que ton corps soit un chat ?
Un chat urbain, un chat de palace tout ce qu'il y a de plus snob, un chat qui passerait ses vacances à Rome ou à Capri !
On va dire que tu te nommes Marcello. Un jour, tu as rencontré Anita.
Tu ne crois plus en rien et ce jour-là elle apparaît devant toi.
Alors, ta main gauche tu la sors de la poche de ton pantalon. Regarde-la ta main comme si tu la découvrais à peine. Imagine un bébé découvrant ses mains, la gauche d'abord la droite ensuite.
Sauf que ta main à toi passe très lentement sur la joue d'Anita. Elle passe avec douceur. Jamais tu ne l'approcheras par effraction.
Attention, tu es un chat très doux. Explore sa joue et le grain de sa peau. Attends ! Laisse-la passer et repasser jusqu'à ce qu'elle soit en arrêt.
C'est un moment suspendu où vous découvrez que vous êtes en miroir dans un face à face silencieux.
Elle va se poser au sol Anita, se laisser attraper, elle s'endort comme la Belle au bois dormant.
Alors, ton pied tu le poseras délicatement sur son ventre. Tu l'effleures seulement. Tu ne l'écrases pas. Si elle se réveille c'est mort. Tu seras grillé. Elle se lèvera et elle partira. Elle passera derrière la scène. Et dans le regard des spectateurs tu n'existeras plus.
Tu es un chaton qui joue, alors tu t'allonges près d'elle, ne colle pas ton corps au sien. Elle doit pouvoir respirer. Si tu entres trop vite dans son périmètre tu vas la réveiller, elle se lèvera et elle partira, encore une fois tu mourras dans le regard des spectateurs. Toi, tu diffuses une chaleur douce et c'est tout !
Alors laisse-la respirer !
Quand tu prendras sa nuque entre tes mains tu resteras aérien. Ne la regarde pas dans les yeux. Évite cette chose-là, c'est comme une banderille, c'est une estoquade. Elle va se lever et partir et le public sera unanime, il te condamnera.
Ta main explore son pied.
Tu l'envelopperas dans ta main, tu continueras à être délicat. Si elle se dégage tu ne la retiendras pas, laisse-la se lever et s'asseoir en face de toi.
Elle te regarde, c'est tout.
textes issus d'ateliers d'écriture animés par Martin Chabert