C’était comme une fatalité, je ne pouvais réprimer mon attrait pour cette cave, froide, densément sombre, cavité aux dimensions impossibles à mesurer, tant la lumière artificielle peinait à éclairer ses murs. A chaque fois, j’ouvrais la porte sur l’escalier en colimaçon et je descendais sans guide ni lampe torche vers un trou noir, astronomie inversée des pôles. Seules les flammes vives des cierges dérobés à l’église me permettaient d’affronter les marches grinçantes de l’escalier, invitant le voyageur timide que j’étais à sombrer. J’essayais de ne pas cramer mes habits du dimanche, à vouloir trop protéger les flammes de l’humidité. J’étais le seul enfant de ces repas en famille, et mes fringues ressemblaient à celles d’un empereur empaillé tout droit sorti d’un musée de Marionnettes. Je n’avais pas le droit de me salir, sinon c’était la débandade le soir à la maison, cris et retour de bâtons du roi père, sceptre et puissance de feu sur mes joues endolories. Pourquoi cette violence, ...
textes issus d'ateliers d'écriture animés par Martin Chabert