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Je tombe, par Cathy Loiseau

Naissance du printemps :
Elle se dépose en coup de vent,
Elle s’installe sur mon brouillon,
Puis, petit à petit, dans ma maison...
Elle envahit, alors, mon territoire,
Ainsi, bien vite, faut que je vous raconte son histoire...

Il était une fois, une jeune dame, étrange personnage,
Qui arrive sur ma page...
« Je viens de loin, de loin ! » me répéta-t-elle.
« Mon prénom, c’est Mirabelle ! »
Je m’enfuis avant la messe,
On veut faire de moi une princesse...

Je suis censée me marier au prince Vincent,
Un homme plein d’argent,
Gros et répugnant
Et, comme je ne peux pas choisir,
Alors, je dois m’enfuir,
Je marche à n’en plus finir,

Je mendie, là, assise,
Au porche d’une église,
J’ai vécu une guerre
Puis aussi la misère...
Un jour, j’ai accouché,
Quelqu’un a volé mon bébé...

Un jour je tombe sur une page,
Quelqu’un transforme mon image,
Je repars chez les aliénés :
« Mirabelle, je veux vous aider ! »
Encore un vieux plein de fric
Et oui, voilà le hic !

Je m’évade à nouveau,
Je cours dans la forêt,
Pour moi, les arbres sont si hauts,
Là, quelque chose, un animal blessé
Et là, je pleure fort, je sanglote,
Je me retrouve dans une grotte...

Vincent est là, le prince notoire,
Je dois trouver une échappatoire,
M’inventer une nouvelle histoire,
Non ! Personne ne va me croire :
Marcher, courir, marcher, me nourrir,
Marcher, marcher, m’enfuir...

Dans un livre, quelqu’un m’a immortalisée :
J’ai dormi une centaine d’années...
Je lui propose d’aller se reposer,
Là, elle s’est remise à pleurer !
(Sacrée histoire à laquelle je dois faire face !)
Dehors il pleut, le facteur passe,

Repart, me fait un signe de la main.
Cela veut dire « au revoir et à demain ! »
Mirabelle se regarde dans le miroir
Puis revient me voir,
Ses grands yeux noirs
Reflètent le désespoir...

Je suis née en 1700, en Angleterre,
Famille de riches bourgeois,
Tombée plus bas que terre,
Ainsi, voilà pourquoi
Un riche mariage s’impose
Mais moi, j’en ai eu ma dose...

En avril soixante-huit, je ressuscite,
D’une mort subite,
Due à une crise cardiaque
Pendant les fêtes de Pâques,
Mai soixante-huit, les manifestations commencent
Et moi, je tombe sur un cahier de vacances...

Chez l’imprimeur, je suis bloquée,
J’y sors début juillet,
Ouf, j’étouffais de chaleur.
Mais, un écrivain généreux
M’a placée dans un conte joyeux
Dans un arc-en-ciel de mille couleurs.

Et je repars, à fond la caisse,
Noyée dans ma détresse,
Je tombe sur un gentil petit vieux,
Où l’océan se lit dans ses yeux,
Illico, je le quitte
Et, à nouveau, je marche vite, vite...

J’ai vu des machines, des tas de nouveautés :
Un frigo, une cuisinière, une machine à laver
Et même un truc qu’on appelle une télévision.
J’ai même perdu la raison :
On m’a remise en psychiatrie,
Alors, à nouveau, je m’enfuis...

Aujourd’hui, je tombe sur ton cahier de brouillon
Et, chez toi, elle reste fermée, la télévision...
Je lui dis : « Je vais te montrer mieux !
Suis-moi et ouvre grand tes yeux,
Pour toi, un truc vraiment nouveau,
On appelle cela les réseaux sociaux ! »

J’emmène Mirabelle chez un ami,
Il parle avec des mots bizarres
Que moi-même je n’ai rien compris !
Voilà un ordinateur qui démarre
Et il clique, il clique sur une phrase, un lien,
Elle et moi rions car on n’y pige vraiment rien !

Virale qu’est devenue sa narration,
Elle rit de se voir à la télévision !
De sortir ces jolis livres cartonnés,
Un paquet de fric que cela nous a rapporté
Et tous ces millions d’abrutis
Nous ont même applaudies !

IA nous a beaucoup aidées,
Mais une troisième guerre mondiale est déclarée,
Des bombes ont explosé !
Seule, Mirabelle, vivante, en est revenue,
Seule, Mirabelle a survécu
Et elle accouche d’un petit garçon : Jésus...

Ce conte a une morale :
Si la vidéo a été virale,
La vie est un éternel recommencement,
Je serai une photo, un nom,
Sur vos écrans de télévision,
Alors, rendez-vous dans deux mille ans...