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Il ne sera jamais une fois, par Gabriel Lopez

Laissez-moi vous narrer une histoire extraordinaire avec des personnages qui le sont tout autant : un chat botté qui ne rêve que d'aventure, un âne qui déblatère à outrance pour un oui ou un non, un séraphin qui se fait passer pour un humain et tout un tas d'autres choses…
Donc, après avoir quitté la ville et mes amis l'âne, le chat, me voilà donc dans l'antre du Grand Conseil. En plus d'être un lieu secret, je ne te parle même pas du mobilier ; le clinquant et le tape à l'œil sont de mise. Et les Sept Sages, me diriez-vous ?
Des vieux croulants ennuyeux engoncés dans les prétextes désuets…
J'attends qu'il me confie ma mission parce que j'ai rendez-vous avec la lune et le soleil pour fomenter une révolution qui me permettra de m'éclipser rapidement…
Blague, à part.
Je te passe tous leurs blabla et j'apprends que ma mission consiste à empêcher l'ogre de voir Tracassin car ce dernier aurait le pouvoir de réaliser des vœux et bien entendu, ce n'est pas sans contreparties… Bla-bla…
Me voilà dehors dans les côtes forts de la cité à inventer moult prétextes pour me renseigner sur ce Tracassin car
beaucoup le craignent comme la peste parce qu'il pouvait vous métamorphoser un cochon recouvert de pustules. Enfin, je mélange tout car c'est une magicienne qui l'avait fait en premier. Mais bon vous savez compris où je veux en venir…
Donc après avoir usé de diverses transformations et joué de mes charmes, j'ai appris que Tracassin habitait quelque part dans la Forêt Interdite près d'un vieux moulin ou d'une maison en pain d'épices ; là-dessus les avis divergent.
Je quitte à nouveau la ville et traverse une forêt luxuriante. J'adore le bruyant silence de cette canopée qui vient subitement d'être interrompu par une voix que je connais bien.
— … Alors comme ça son paternel a décidé d'utiliser la potion du réflexe d'oubli pour rompre la malédiction pourtant…
— Quelle agréable surprise de rencontrer mes deux compères en ce lieu maudit.
— Pfft, tu parles d'une malédiction, c'est juste pour faire fuir les curieux ; mais au fait que viens-tu faire ici mon ami, le Divin Ange Lettré ?
— Empêcher qu'un ogre ne rencontre Tracassin !!!
— Comme nous. Faut croire que nos chemins ne cesseront de se croiser.
Assurément. Lorsque tu parlais du paternel qui voulait utiliser un philtre magique pour rompre une malédiction, tu ne parlais pas de la Princesse Fabiola ?
— Pourquoi, tu la connais ?
— Un peu, mais je pense à quelque chose en parlant d'elle. Et si ce n'était qu'une princesse qui se métamorphoserait en ogresse qu'une fois la nuit tombée — et non le contraire — donc l'ogre ne la verrait qu'une demi-journée et en serait-il tombé amoureux ?
Et si ce n'était qu'un prince qui — le jour — jouerait les princesses et la nuit, deviendrait une ogresse ? Que se passerait-il selon toi ?
— Je ne sais pas mais tu embrouilles tout le monde avec tes suppositions !!! J'en ai le cerveau tout retourné parlons d'autre chose…
Pendant que nous dévisions l'ogre était déjà arrivé dans la masure du Tracassin. Ce dernier se garda bien de dire ce qu'un ogre venait quérir dans sa demeure, c'était un client comme les autres sauf que celui-ci serait plus facile à duper.
Tracassin ne cessait de jouer avec ses bagues qui ornaient ses majeurs en attendant qu'il lui expose ses problèmes.
— Tout d'abord, s'écria l'ogre, je voudrais être beau et fort, ne plus être considéré comme un ogre.
— Rien de plus simple, tu n'as qu'à ingurgiter ce philtre magique en entier ; ta beauté rayonnera, et ta force explosera.
— Comment saurais-je si ta magie a fonctionné !!!
— Rien de plus simple, après avoir ingurgité la potion, tu te rendras au Vieux Moulin, tu constateras que je ne t'ai pas menti. Et pour ton dernier souhait ?
— Comment ça mon dernier vœu. J'en ai droit à trois !!!
— C'est vrai mais tu m'as demandé d'être beau et fort, n'est-ce pas !!! Donc… cela compte pour deux…
— D'accord. Donc, je désirerais que les parents de la Princesse Fabiola reviennent sur leur décision ; je ne veux pas qu'elle redevienne humaine pour l'éternité, je désire qu'elle reste ce qu'elle a toujours été : une ogresse.
— En es-tu sûr ? Parce que les deux autres souhaits présageaient le contraire.
— Ce n'est pas pareil. Moi j'ai été pourchassé durant une éternité tandis qu'elle vivait dans une cage dorée.
— Je comprends ; en attendant que je retrouve le document, tu n'as qu'à boire la potion.
L'ogre s'exécuta…
— Beurk !!! Mais c'est quoi cette horreur !!!
— Cela serait trop long à t'expliquer. Voici donc le document dont je t'ai parlé, tu n'as qu'à le lire et signer avec cette plume d'oie…
Après avoir cheminé à travers la forêt, l'âne, le chat, et moi arrivons devant une maison constituée de pain d'épices et d'autres aliments aussi savoureux que sucrés.
Une personne en sortit ; l'âne crut reconnaître son ami de l'ogre et courut vers lui en toute hâte…
L'âne revint vers nous dépité : il a une ressemblance avec mon ami l'ogre mais ce n'est qu'un humain qui joue les bellâtres. L'ogre méconnaissable se retourna vers nous regardant l'Âne et le Chat puis se dirigea d'un pas bien assuré vers le Vieux Moulin.
J'étais pris d'un doute !!! Devais-je le suivre ou non mais vu que c'était qu'un mortel et non un ogre, après tout…
Ce fut l'âne et le chat qui décidèrent pour moi en pénétrant dans la masure de Tracassin.
Le chat plus prompt à réagir sauta sur le bureau et menaça Tracassin avec la pointe de son épée.
« Qu'as-tu fait de notre ami l'ogre !!! »
Pas décontenancé pour deux sous, Tracassin consulta sa montre à gousset en ricanant : Ça ne sert à rien de me menacer ; à l'heure qu'il est ton ami l'ogre vous a totalement oublié et vous aussi d'ailleurs…
Malgré tout, l'âne en rajouta une couche :
« Comment a-t-il pu nous faire un truc pareil avec toutes les aventures qu'on a vécues… »
Pris d'un doute, je sortis précipitamment et tout devint noir…
Sur une route caillouteuse, une calèche arriva à vive allure et dû stopper brutalement car un âne en bloquait le chemin ; le cocher expliqua la situation au shérif de Nottingham qui invectiva vertement son cocher.
Le shérif regarda aux alentours à la recherche de quelqu'un : « Ah vous voilà, où étiez-vous passé ? »
— J'étais avec la princesse Fabiola…
— Bon qu'importe, débarrassons-nous de cet âne afin que je puisse poursuivre ma route car j'ai grand besoin de consulter dans Bérengère.
— Avec grand plaisir messire.
Je sortis ma rapière, enfonçai la pointe dans le gras de l'âne. Ce dernier se releva soudainement et s'écria : Non mais ça va pas la tête. Tu aurais pu m'embrocher. Heureusement que je ne suis pas insensible parce que…
À ce moment un chat roux sortit du bosquet s'écria : « La bourse ou la vie !!! » puis tourna la tête, il vit l'âne remis sur pieds et ça n'avait pas l'air de lui plaire.
— Tu aurais pu attendre un peu plus longtemps avant de te lever, maintenant, ils savent.
L'âne répliqua : J'aimerais bien t'y voir moi à crever de chaud et si l'autre grand dadais ne m'avait pas planté son épée dans les fesses, peut-être que…
Cela m'amusa fort bien de les voir se quereller ainsi, or, je ne sais pas pourquoi il me semblait les avoir déjà vus quelque part mais impossible de savoir où.
Désemparé par la situation l'Âne et le Chat s'éclipsèrent.
Je ne sais pas pourquoi mais ils se retournèrent en me dévisageant comme s'ils me connaissaient.
Le shérif me tira de ma rêverie : Je ne vous paye pas pour rêvasser ; suivez-moi nous avons assez perdu de temps comme ça !!!
— Je vous suis messire, mais regardez sur votre gauche, c'est la maison de l'ogre.
Je regardais l'ignoble masure de l'ogre en ne cessant de jouer avec mes deux bagues ornant mes majeurs.
Il est vrai que l'histoire aurait pu se terminer ainsi or vous vous demandez qu'est devenue la Princesse Fabiola ? Était-elle redevenue humaine ou une ogresse ? Et pourquoi ce sentiment de déjà-vu ? Et pourquoi je désigne la maison de l'ogre comme si je la connaissais. Et qui est devenu Tracassin et surtout comment a-t-il pu duper aussi facilement l'ogre ? Sachez que pour la princesse Fabiola, elle n'est plus une ogresse mais elle est redevenue humaine car Tracrassin s'est servi de l'ogre pour épouser la princesse mais pour toute autre raison. Or pour ce qui est du reste, vous le découvrirez en écoutant ou en regardant : « Contes fantastiques d'un autre temps ».
Mais avant de vous quitter, je vous laisse méditer là-dessus : « Les histoires racontent la vérité mais sous couvert de mensonge. »